Grand gibier et confinement : comment réguler la chasse ?

Grand gibier et confinement : comment réguler la chasse ?

Contrairement au premier confinement, les chasseurs français sont autorisés, cet automne, à pratiquer leur activité, sous certaines conditions, à la demande du ministère de la transition écologique. C’est le cas dans les Hautes-Alpes depuis le 6 novembre. La fédération départementale de chasse salue cette décision, tandis que la société alpine de la nature pointe des incohérences. La régulation du grand gibier : par qui, comment, sous quelles conditions ? C’est le thème de ce dossier.

Une chasse limitée aux mercredis et samedis, et autorisée uniquement sur les sangliers, cerfs et chevreuils, pour les chasseurs membres annuels des associations de chasse ou des chasses privées : c’est la dérogation publiée par la préfecture des Hautes-Alpes. La régulation de la faune occasionnant des dégâts sur les cultures et les forêts est en effet considérée par l’État comme une activité d’intérêt général.

Pour la fédération de chasse des Hautes-Alpes, c’est un soulagement, car novembre est le mois le plus risqué pour les agriculteurs en termes de dommages causés dans les champs. C’est donc la période de l’année qui demande le plus de travail aux chasseurs, avec en moyenne plus de 400 chevreuils, plus de 400 cerfs et plus de 1100 sangliers tués. Et comme les dégâts aux cultures sont indemnisés par la fédération de chasse, celle-ci a tout intérêt à les limiter au maximum. On écoute Max Mercurio, président de la fédération haut-alpine.

Une chasse sous contraintes sanitaires

Pour autant, assure Max Mercurio, les 5 000 chasseurs hauts-alpins affiliés à la fédération ne vont pas tous sortir leur fusil, en particulier pas là où il n’y en a pas l’utilité. En tout cas, lors des battues où des affûts, des consignes sanitaires sont à respecter, précise le président de la fédération : les sorties sont préparées à distance à l’avance, le nombre de passagers est limité dans les voitures, les concentrations et les repas sont interdits. Au sujet des risques sanitaires, la société alpine de protection de la nature s’inquiète tout de même de la proximité inévitable lors du transport des animaux tués et lors du découpage.

La SAPN regrette également que la chasse soit autorisée sur tout le département, alors que certaines zones sont épargnées par les dégâts aux cultures causés par les sangliers ou les dégâts sur les jeunes pousses causés par les cervidés. C’est ce qu’explique Jean-Noël Texier, de la SAPN.

Mais selon Max Mercurio, un découpage par zones serait trop complexe, et pas vraiment justifié.

Des sangliers qui prolifèrent

Par ailleurs, la SAPN estime que la prolifération actuelle des sangliers a été causée en grande partie par les chasseurs. Ainsi, en 45 ans, le nombre de sangliers abattus en France a été multiplié par 20, passant de 36 000 en 1973 à 747 000 l’année dernière. L’élevage et les lâchers de sangliers auraient été une cause de cette augmentation, selon l’association.

D’après Max Mercurio, cette pratique n’a plus cours actuellement dans le département, et la prolifération du sanglier a d’autres causes.

La SAPN pointe aussi du doigt la pratique de l’agrainage, qui s’apparenterait à un nourrissage des sangliers, et se félicite de son interdiction dans le cadre de la dérogation actuelle. Explications de Jean-Noël Texier.

Le président de la fédération départementale de chasse estime quant à lui que l’agrainage, pratiqué dans les Hautes-Alpes, a une réelle utilité pour limiter les dégâts aux cultures.

Qui pour assurer la régulation du grand gibier ?

Enfin, dans le but de réduire les dégâts aux cultures et aux forêts, la SAPN propose que la régulation du grand gibier soit assurée directement par l’État, et non plus déléguée aux associations de chasseurs.

Selon la fédération nationale de chasse, les indemnités qu’elle verse chaque année dans le cadre des dégâts de gibiers se chiffrent à 80 millions d’euros, 150 à 200 000 euros dans les Hautes-Alpes. Pour Max Mercurio, il est insensé de demander à l’État de payer cette facture.

Pour terminer, la SAPN souligne l’injustice vécue par de nombreux randonneurs et vététistes, qui aimeraient eux aussi profiter de la nature.

Précisons que la dérogation aux chasseurs devrait être soumise à revoyure début décembre.