La précarisation des médecins de montagne
Crédit photo : Karolina Grabowska / Pexels

La précarisation des médecins de montagne

Ce sont les victimes collatérales de la fermeture des remontées mécaniques : les médecins de montagne, dans l’angle mort des aides gouvernementales, se retrouvent pour certains en très grande difficulté.

Lors d’un hiver normal, le cabinet médical de la station de Risoul reçoit 120 à 150 personnes par jour, dont les inévitables plaies, fractures et autres traumatismes crâniens survenus sur les pistes. Un véritable poste avancé de médecine d’urgence, qui permet de prendre en charge une grande partie de l’accidentologie, et de ne renvoyer à l’hôpital que les blessés les plus graves.

Mais, depuis son ouverture début décembre, en même temps que la station, la situation du cabinet est tout autre, nous décrit Thibault Roux, aide-soignant et assistant médical.

En cause, bien sûr, la fermeture des remontées mécaniques, qui a vidé cet hiver la station de ses visiteurs habituels. Le cabinet tourne donc à effectif réduit, avec un seul médecin sur les deux, et sans sa secrétaire médicale.

Jusqu’à 100 % de perte de chiffre d’affaire

Le centre de soin de Risoul station n’est pas un cas isolé, même si la situation des médecins de montagne est très disparate. Certains d’entre eux sont en effet ouverts toute l’année, et d’autres seulement en pleine saison.

Depuis 60 ans, l’association « Médecins de Montagne » représente ces soignants spécialisés dans l’urgence en milieu isolé, qui remettent sur pieds 95% des blessés en station l’hiver. Suite à la fermeture anticipée des domaines mi-mars 2020 et à la non-ouverture des remontées cet hiver, elle a dressé un état des lieux auprès de ses 350 membres en France, dont une quarantaine dans les Hautes-Alpes. On écoute Romain Legris, médecin à Ancelle et membre du bureau de l’association.

Des pertes de chiffre d’affaire donc, alors que les charges restent bien présentes, et qu’aucune aide, pour l’instant, n’est versée de la part de l’État. L’impact en termes d’emploi sur l’ensemble de la filière du soin en montagne est donc inévitable.

Une menace pour l’activité touristique

Mais les répercussions pourraient aller encore plus loin. Si leur cabinet médical venait à mettre la clé sous la porte, certaines stations pourraient se retrouver en difficulté pour rouvrir l’an prochain, alerte Romain Legris.

Retrouvez l’intégralité des entretiens avec Thibault Roux et Romain Legris dans notre Mag.