Arrêts de travail en série : le point sur la crise à l’hôpital de Gap
Crédit photo : CHICAS

Arrêts de travail en série : le point sur la crise à l’hôpital de Gap

Le 22 mars dernier, le docteur Raouf Hammami, a réintégré son poste de chirurgien-orthopédiste au Chicas, l’hôpital de Gap. Et depuis, rien ne va plus au Chicas : les arrêts de travail se multiplient, les consultations et opérations sont annulées ou reportées. Faisons le point sur cette situation inquiétante.

Pour bien comprendre, il faut d’abord faire un retour en arrière, au milieu des années 2010. Dans le service d’orthopédie, le docteur Gilles Norotte pratique sur certains de ses patients la cimentoplastie discale. Cela consiste à injecter du ciment entre les disques de la colonne vertébrale pour la renforcer. Or, cette technique n’est pas autorisée en France. Sa pratique a été suspendue en 2017 et elle fait actuellement l’objet de plusieurs instructions judiciaires dont les conclusions ne sont pas connues à ce jour.

Or le Dr Norotte a fait l’objet d’un signalement au sujet de cette technique de cimentoplastie en avril 2018 signalement émanant de son confrère, le Dr Hammami. Là encore les procédures sont en cours. En attendant leurs conclusions, le docteur Norotte n’exerce plus au Chicas.

Parallèlement, suite à un conflit interne au service de chirurgie orthopédique, impliquant plusieurs soignants, le Dr Hammami a fait l’objet de trois suspensions depuis 2019 : par le Chicas, par le Centre National de Gestion et par l’Agence Régionale de Santé.

Mais, coup de théâtre, le 10 mars dernier, le défenseur des droits accorde au Dr Hammami le statut de lanceur d’alerte, suite au signalement sur la cimentoplastie. Grâce à ce statut, très protecteur, le chirurgien a réintégré de plein droit son poste le 22 mars.

Les craintes des soignants

Le Dr Hammami, lanceur d’alerte : ça ne passe pas auprès des autres praticiens du Chicas, a l’instar du Dr Hadgé, chirurgien viscéral.

Et de fait, le Chicas enregistre une hémorragie de soignants : la direction confirme de nombreux arrêts de travail, notamment 15 praticiens de plusieurs spécialités, dont des médecins anesthésistes, comme le Dr Vincent Roux. Il explique ses craintes.

Le Dr Hammami répond par la voix de son avocat :

« Après plus de deux années de mise à l’écart injuste, le Dr Hammami a pu réintégrer son service pour consulter et opérer ses patients, sans aucun incident et en parfaite coopération avec les praticiens et personnels soucieux de la continuité des soins. Malheureusement, d’autres praticiens ont choisi de démissionner ou de se mettre en arrêt maladie dans le seul but de s’opposer au retour du Dr Hammami. Ces mêmes personnes se répandent en accusation graves et mensongères, accentuant encore le harcèlement que subit le Dr Hammami. »

Dans cet imbroglio conflictuel, doublé de la crise sanitaire, la direction du Chicas a dû recruter des chirurgiens remplaçants et des intérimaires, ce qui pèse sur les finances de l’hôpital.

Les élus se sont vigoureusement emparés du dossier : la députée Pascale Boyer assure qu’elle a fait remonter le problème « au plus haut de l’État ». Les maires de Gap et de Sisteron ont également alerté le ministre de la santé via une lettre recommandée en date du 1er avril.

Laissons le mot de la fin à la préfète Martine Clavel.